LE MOT DU COMITE
JUIN 2026
Le mois de juin nous fait toutes et tous penser à l’Appel du 18 juin du Général de Gaulle.
Eux l’ont entendu, ou non, mais ils ont eux aussi passé un appel dans l’émission « Les Français parlent aux Français » créée en Juillet 1940.
Eux, ce sont : Guy BRASSAUD et Guy KEMLIN
Guy BRASSAUD, polytechnicien bourguignon originaire de Nevers a rejoint l’Angleterre avec Guy KEMLIN le 12 Août 1943 depuis la Bretagne.
Ils ont été interviewés à la BBC le 25 Août 1943.
(Extrait du récit de Guy Kemlin) :
« Lors d'un autre déjeuner au centre d'accueil des Free French, nous essayons d'expliquer aux Français de Londres que les Français de France sont parfois gênés d'entendre des gens bien assis dans leur fauteuil devant un micro leur faire la leçon. A notre table, Jean Oberlé nous propose alors de participer à l'émission de Jean Marin sur la BBC "Les Français parlent aux Français". Nous l'avons rencontré pour préparer notre émission dont le thème était : "Des polytechniciens arrivés récemment en Angleterre parlent à leurs 36 camarades de France".
Guy Brassaud sera affecté à la 1ère DFL ; quant à Guy Kemlin, il sera Officier d’Ordonnance du Général de Lattre avant d’être affecté, à sa demande, en février 1944 à la 9ème DIC.
Extrait de leur interview :
Jean MARIN :" Les Français de tous âges et de toutes conditions continuent de s'échapper de France pour rallier la France Combattante. Aujourd'hui, nous avons à côté de nous deux jeunes polytechniciens. Ils viennent d'arriver; ils ont de bons visages de chez nous et portent sur leur uniforme de campagne les galons de lieutenants. Nous allons les interviewer pour vous.
Voulez-vous nous parler un peu de votre grande Ecole".
BRASSAUD : " Eh bien ! Après l'Armistice, l'Ecole s'était reformée en zone non occupée, croyant ainsi conserver un peu de cette liberté dont elle a toujours été et dont elle reste, vous pouvez nous croire, si jalouse. Pendant deux ans et demi, et malgré les articles perfides de Marcel Déat qui, payé par les Allemands, voulait nous ramener à Paris sous le contrôle des Boches, l'Ecole est restée à Lyon".
Jean MARIN : "Mais les Allemands n'avaient rien fait pour, malgré tout, exercer un certain contrôle ?"
KEMLIN : "Oh ! Ils ont bien essayé et Polytechnique est devenue une école purement civile".
BRASSAUD : "De Lyon sont sorties les trois promotions 38, 39 et 40. Les deux premières de ces promotions avaient pris part à la campagne de France. Une quinzaine de nos camarades sont restés sur les champs de bataille et cent d'entre eux sont encore derrière les barbelés, en Allemagne. Mais malgré le caractère civil de l'Ecole, un contingent d'officiers en était sorti. Certains, parmi ces officiers, ont déjà fait leurs preuves en Tunisie. Et deux au moins ont été tués pendant la libération de cette partie de notre Empire".
Jean MARIN : "Que s'est-il passé après l'occupation totale de la France, et donc de Lyon" ?
KEMLIN : "Oh ! Pendant les quinze premiers jours qui ont suivi l'occupation totale, les élèves de Polytechnique ont refusé de sortir en ville, pour ne pas avoir à saluer les officiers allemands. Malgré l'envoi de la Promotion 42 dans les Chantiers de la Jeunesse, l'esprit de l'Ecole n'avait pas changé, et rapidement les Allemands et Vichy ont senti la nécessité de faire rentrer Polytechnique à Paris. Mais cela ne suffisait pas encore à Hitler et à Laval. Une partie des élèves a été envoyée en Allemagne et c'est ainsi que de nombreux polytechniciens sont devenus des manœuvres plus ou moins spécialisés, chez Heinkel ou autres".
BRASSAUD : " Ca n'est probablement là qu'une manifestation du plan allemand qui vise à décapiter la France. Et il n'est pas sûr que l'Ecole puisse rouvrir au mois d'octobre prochain".
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Jean MARIN : "Mais quelques-uns de vos camarades, comme vous, sont sortis de France?"
KEMLIN : "Oui. Il faut évidemment une certaine liberté d'esprit pour faire de la science pure en ce moment ! C'est pourquoi plusieurs d'entre nous ont jugé plus pratique de venir faire de la balistique sur les champs de bataille où l'on prépare la libération de la France : ce qui est au moins aussi utile - mes camarades qui m'écoutent me comprendront- que les cours de "plapla" ou Brard".
Jean MARIN : "Que pensez-vous, vous-mêmes et vos camarades, de la situation de fait qui est ainsi devenue celle de Polytechnique ?
KEMLIN : "Nous pensons que l'éclipse de l'Ecole serait très inquiétante pour la transmission de ses traditions. Mais nous pensons aussi, et nous le disons bien haut, qu'il vaudrait mieux pour l'Ecole Polytechnique qu'elle disparaisse pour un temps plutôt que d'accepter des compromis contraires à sa tradition et aux intérêts français".
Jean MARIN : "Parlez-nous un peu de Polytechnique, dans la Résistance".
BRASSAUD : "Les Gnass Carva* ont toujours voulu garder le contact avec le reste de la population, et il n'y a pas de lien plus puissant que la lutte contre l'envahisseur. Le cri "La Patrie est en danger !" a toujours trouvé un écho profond dans le cœur des Polytechniciens. Il est difficile de donner des détails, mais nous voudrions citer l'exemple de notre groupe qui s'est formé de la façon suivante. Une quinzaine de jeunes, après un an d'efforts, avaient trouvé le moyen de rejoindre l'Armée française. Ils ont bien voulu accepter dans leur groupe cinq étudiants, dont deux Polytechniciens, malgré l'accroissement de risques que cela présentait".
Jean MARIN :" Et maintenant, qu'est-ce que vous allez faire?"
KEMLIN : "Nous espérons être le plus rapidement possible en service actif. Mon camarade va rejoindre la Bigorre".
Jean MARIN : " Vous voulez dire l'Artillerie Coloniale?"
KEMLIN : "Oui, c'est ça ! Quant à moi, j'espère rejoindre les Chars le plus vite possible".
Jean MARIN : "voulez-vous dire quelque chose à votre famille ?"
KEMLIN : "Je pense que ma famille aura compris en m'entendant que Louis-Maurice est fort bien arrivé, ainsi que son camarade".
*Nom des polytechniciens dans l'argot de l'X. »
Je remercie sincèrement la fille de Guy Brassaud qui m’a donné une transcription du Journal de Marche de son papa et qui m’a fait découvrir les écrits de Guy Kemlin.
Ce récit rentre bien évidement dans le thème de notre future conférence « La Guerre des Ondes en France, de 1940 à 1944 » du 23 Juin 2026 (voir carton d'invitation dans la rubrique "agenda").
Franck MOISY, Président du Comité